Comment repérer et éviter les aliments ultra-transformés au quotidien ?

Reconnaître un aliment ultra-transformé dans un rayon de supermarché est loin d’être évident : les emballages rassurants, les allégations santé et les marques familières brouillent les pistes. Pourtant, quelques réflexes simples permettent de s’y retrouver, et de faire des choix plus éclairés au quotidien.

Repérer les aliments ultra-transformés

Il existe quelques repères simples pour identifier les aliments ultra-transformés.

Le premier réflexe consiste à regarder la liste des ingrédients. C’est elle qui permet de mieux comprendre la nature du produit. Une question simple peut aider : est-ce que ce produit contient uniquement des ingrédients que je pourrais avoir dans ma cuisine ? Si la réponse est oui, il y a de fortes chances qu’il s’agisse pas d’un aliment ultra-transformé. En revanche, si la liste contient des ingrédients qui ressemblent davantage à du vocabulaire industriel qu’à une recette (sirop de glucose, maltodextrine, arôme artificiel, etc.), la vigilance s’impose. En effet, les produits ultra-transformés contiennent souvent des ingrédients industriels, issus de procédés de transformation complexes (protéines hydrolysées, huiles hydrogénées, arômes etc.), et des additifs, ajoutés pour modifier la texture, le goût ou l’apparence (colorants, édulcorants, émulsifiants, exhausteurs de goût). Ces substances, absentes des recettes maison, sont des  marqueurs typiques de l’ultra-transformation.

Pour vous aider à repérer ces produits, certains types d’ingrédients doivent particulièrement alerter. Parmi les ingrédients industriels, on retrouve par exemple :

Groupe d’ingrédients Exemples de termes sur l’étiquette
🛢️ Huiles Huile hydrogénée
🏭 Protéines Protéines hydrolysées, protéines isolées, protéines texturées, concentré de protéines de soja, caséine, protéines de lactosérum/whey.
🍬 Sucres industriels Sirop de glucose, sirop de glucose-fructose, sucre inverti, maltodextrine, dextrose, fructose.
🌽 Amidons modifiés Amidon de blé modifié, amidon de maïs modifié, amidon de pomme de terre modifié, amidon de riz modifié
🌾 Fibres ajoutées Fibres de blé, fibres de maïs, inuline
⚙️ Viande séparée mécaniquement (VSM) Viande séparée mécaniquement de dinde, VSM de dinde, viande séparée mécaniquement de porc, VSM de porc
🌸 Arômes Arôme de fumée, arôme artificiel, arôme naturel

En Europe, les additifs doivent figurer sur l’étiquette via leur nom et fonction (par exemple : « exhausteur de goût : glutamate monosodique ») ou via un code commençant par la lettre E (par exemple : E621)1. Ce numéro correspond à la fonction principale de l’additif : E100 à E180 pour les colorants, E200 à E297 pour les conservateurs, E300 à E392 pour les antioxydants, E400 à E499 pour les agents de texture, E600 à E641 pour les exhausteurs de goût, E900 à E999 pour les édulcorants.

Repérer un tel code dans la liste d’ingrédients doit attirer l’attention. En voir plusieurs est généralement un signe que le produit est ultra-transformé. Les conservateurs et les antioxydants font toutefois exception lorsque leur fonction n’est pas cosmétique, mais consiste à prolonger la durée de conservation ou d’empêcher la prolifération des micro-organismes. Ils ne sont donc pas considérés, à eux seuls, comme des marqueurs d’ultra transformation.

Lorsque l’additif n’est pas indiqué via son code, il est plus difficile de le reconnaître au premier coup d’œil. Le tableau suivant recense les noms les plus fréquemment rencontrés dans les listes d’ingrédients des aliments ultra-transformés :

Groupe d’additifs Exemples de termes sur l’étiquette
🎨 Colorants Tartrazine, jaune soleil, rouge allura, erythrosine, bleu brillant, indigotine, bleu patenté, dioxyde de titane, colorant caramel, extrait de paprika, curcumine, carmines
🧪 Édulcorants Acésulfame K, sucralose, aspartame, saccharine, néotame, sorbitol, maltitol, stévia
🧱 Agents de texture Mono- et diglycérides d’acides gras, polysorbates, gomme xanthane, gomme guar, carraghénanes, phosphates de sodium, phosphates de potassium, diphosphates, glycérol, lécithines, lactylates
👅 Exhausteurs de goût Glutamate monosodique (MSG), guanylate disodique, inosinate disodique

La longueur de la liste d’ingrédients constitue un autre indice utile : plus elle est longue, plus le produit a de chances d’être transformé. À l’inverse, une liste courte, avec des ingrédients simples et reconnaissables, est souvent un bon signe.

Ces repères ne s’appliquent pas uniquement aux produits emballés. Lorsque vous achetez un produit en boulangerie, dans une cafétéria ou dans une enseigne de restauration, il peut aussi s’agir d’un aliment ultra-transformé, même en l’absence d’étiquette. Dans ces cas-là, il est plus difficile de vérifier la composition. On peut néanmoins s’appuyer sur quelques indices simples : privilégier les lieux qui proposent une carte courte, et une cuisine faite sur place. N’hésitez pas également à poser la question directement : demandez si les produits sont faits sur place et s’il est possible de consulter la liste complète des ingrédients.

Faire les bons choix au quotidien

Repérer les aliments ultra-transformés est une première étape. Au quotidien, quelques habitudes simples peuvent aussi aider à limiter la place de ces produits.

Le plus simple consiste à privilégier les aliments bruts ou peu transformés. Plus un aliment se rapproche de sa forme d’origine, mieux c’est : fruits, légumes, légumineuses, œufs, céréales, viande, poisson…

Les fruits et légumes surgelés, en conserve ou déjà préparés (épluchés, râpés, coupés) peuvent être de vrais alliés au quotidien quand on manque de temps. Contrairement à certaines idées reçues, les fruits ou légumes surgelés sont une option très intéressante : ils sont généralement congelés rapidement après avoir été récoltés, ce qui permet de conserver l’essentiel de leurs vitamines. Les conserves peuvent aussi être une bonne option : elles se gardent longtemps et conservent une grande partie de leurs apports nutritionnels. L’essentiel, quel que soit le format, est de choisir des produits simples, au plus proche de leur forme d’origine, sans préparations ajoutées. Par exemple, privilégier des carottes râpées nature plutôt que des carottes déjà assaisonnées avec une sauce.

Avoir chez soi en permanence des produits simples et faciles à assembler (riz, légumineuses, conserves, œufs, pâtes…) facilite grandement le quotidien. Cela permet de préparer rapidement un repas, même quand le temps ou l’énergie manquent, sans dépendre de produits tout prêts.

Cuisiner le plus possible est un levier important pour limiter les aliments ultra-transformés. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille passer des heures en cuisine ou se lancer dans des recettes complexes : dans la plupart des cas, l’assemblage d’ingrédients simples suffit à composer un repas. Cuisiner avec les enfants peut aussi faciliter les choses : cela permet de les occuper tout en préparant le repas, plutôt que de devoir gérer la cuisine en parallèle d’autres activités.

Cuisiner en plus grande quantité peut aussi faciliter le quotidien. Une partie peut être consommée sur le moment, et le reste congelé pour plus tard. Il suffit ensuite de réchauffer, ce qui permet de gagner du temps les jours où l’on en manque, sans avoir recours à des produits industriels.

Enfin, le moment du repas compte presque autant que son contenu. Prendre le temps de manger et mâcher, sans télévision ni téléphone, permet de mieux percevoir les saveurs, d’apprécier davantage les aliments et d’être plus à l’écoute de ses sensations de faim et de satiété. À l’inverse, manger devant un écran peut conduire à consommer environ 10 à 20 % de nourriture en plus, simplement parce que l’attention est détournée du repas2,3.


Les aliments ultra-transformés sont le produit d’un système pensé et construit sur plusieurs décennies : une industrie concentrée entre quelques acteurs avec des moyens financiers considérables, des stratégies marketing conçues pour conditionner les préférences dès l’enfance, et des budgets de publicité qui écrasent ceux de la santé publique. Comprendre cette mécanique est essentiel, car elle replace la question là où elle appartient : à l’échelle collective et politique.

Les preuves scientifiques sont désormais suffisamment solides pour que l’enjeu ne soit plus de convaincre. L’histoire du tabac le montre : face à des intérêts industriels puissants, armés des mêmes stratégies de désinformation, la pression conjuguée de la recherche, de la société civile et des pouvoirs publics a fini par imposer des règles que personne n’aurait cru possibles quelques décennies plus tôt.

Sur le terrain de l’alimentation, cette dynamique est en train de s’enclencher. La recherche sur les aliments ultra-transformés connaît une accélération sans précédent, le sujet s’impose dans le débat public, et une conscience collective est en train de naître – chez les citoyens, les professionnels de santé, et une partie des décideurs politiques. Le chemin sera probablement encore long, mais les premières pierres sont posées !

Sources

  • ¹ European Union, 2008. Regulation (EC) No 1333/2008 on food additives. Official Journal of the European Union. https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2008/1333/oj/
  • ² Garg, D., Smith, E., and Attuquayefio, T., 2025. Watching Television While Eating Increases Food Intake: A Systematic Review and Meta-Analysis of Experimental Studies. Nutrients, 17(1), 166. https://doi.org/10.3390/nu17010166
  • ³ Bai, J., Zhu, H., Ran, X., Qu, H., He, L., and Zhao, Y., 2025. The time-stamped effects of screen exposure on food intake in adults: A meta-analysis of experimental studies. Appetite, 206, 107846. https://doi.org/10.1016/j.appet.2024.107846

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